Peintures
A propos de la sculptrice Germaine Richier, Colin Lemoine écrivait dans l'ouvrage "Germaine Richier, la magicienne" : « On peut sculpter par jeu, voire par hasard […]. On ne peut sculpter par plaisir. Par pur plaisir, s’entend.[..]. Il ne faut pas de l’ingéniosité pour vraiment sculpter, mais de l’expérience, du métier, du temps, un corps, de l’opiniâtreté, le sens du repentir comme de l’insuccès. Le matériau met en échec et le geste fait naufrage. Pour déjouer cette faillite inexorable, l’artiste approche souvent un autre domaine que celui ornant sa carte de visite. Faire autrement le chemin permet de badiner, de s’alléger, d’emprunter les sentiers de traverse, les ornières, les grandes étendues tranquilles, ou réputées telles. Sans doute plus que les autres, le sculpteur, dont l’arrimage chtonien interdit parfois les conquêtes éthérées, accoste souvent un autre continent que le sien. Afin de délaisser le poids du marbre ou l’humidité du plâtre, l’outillage tyrannique et le bruit de l’atelier, la main qui empoigne et le bras qui heurte… »
Très rapidement s’est imposé le besoin de peindre avec les doigts, dans un contact intime avec la couleur et le papier, une transmission directe des émotions, sans intermédiaire.
Un lâcher prise.
Pour exprimer les rapports à l’autre, être humain ou élément naturel, dans leur plénitude ou leur complexité, interrogeant par là même notre rapport à nous-même.
L’eau est l’ élément fondamental de mes peintures, dans une dynamique avec l’aquarelle, l’encre de Chine, le sépia, le brou de noix et l’acrylique blanche, parfois la gouache.
Un travail avec le papier aquarelle. Qui laisse couler ou qui absorbe, qui se charge puis évacue, qui se boursoufle, laissant apparaître des cicatrices. Qui VIT. Le papier comme un corps qui absorbe et retranscrit dans sa chair les émotions. Jusqu'à saturation parfois. Jusqu'aux limites de ce qu'il peut endurer.
Avec mes doigts j’étale , je gratte, j’éclabousse, je rajoute, je dilue, je mélange. J’y mets les doigts, j’y mets la main entière, la gauche et même la droite, mes doigts vibrent, s’ énervent, palpitent, cherchent, tâtonnent. Murmurent, crient, hurlent.
Dans un élan, les émotions imprègnent le papier. Bonheurs éphémères ou blessures, ces paysages intérieurs sont un voyage dans l’intimité.
Au plus profond, parfois dans les ténèbres, jusqu’à cette petite lumière, quel que soit son nom et sa nature, qui nous fait tant de bien.














































